Pour fêter ma nouvelle connection, une petite note.
La semaine passée, le boulot m'a envoyée dans un centre d'analyses de Monza pour faire un contrôle médical. Ce genre de choses n'existant pas en Suisse, j'ai pensé que c'était une spécialité de ma boîte. J'ai rendez-vous à 8h du matin l'estomac vide et avec un bocal d'urine bien fraîche.
Innocemment ayant "rendez-vous à 8h", j'ai pensé que je serais la seule.
Je me pointe à 7h50, après avoir vérifié 23184 fois que mon petit pot n'a pas coulé dans mon sac, et je vois une file d'une quarantaine de personnes ayant déjà toutes un numéro et un bocal de pipi à la main. Evidemment, quand j'ai voulu prendre un numéro, le rouleau était fini. J'ai sagement fait la queue jusqu'à ce que l'on m'appelle.
L'idée qu'il y ait dans cette salle d'attente plus de 40 personnes affamées avec un pot de leur pipi du matin a une dimension comique que j'étais apparemment la seule en mesure d'apprécier. Je me marrais toute seule dans mon coin.
On m'appelle enfin, on me donne une étiquette à coller sur mon récipient et me demande de le poser dans une glacière parterre où attendent déjà deux bons litres d'urine - la première du matin, c'est la meilleure - et on m'envoie faire la queue devant la chambre numéro 10 : l'oculiste. Contrôle de la vue standard. Il ne manquait que les petits papiers de protection du le truc où faut regarder la montgolfière au loin. Ça c'était un peu beurk quand même. J'ai posé timidement mon menton et attendu que ça se passe. Et j'ai espéré très fort que l'hygiène serait un peu plus au rendez-vous pour la prise de sang.
Puis attente.
Puis prise de sang.
Puis café instantané à la machine.
Puis attente.
Je remarque qu'il y a deux médecins: une dame, qui semble parfaitement adaptée, et un homme hirsute à l'air complètement à l'ouest que je reconnais comme le type - alors sans blouse blanche - sur lequel j'avais tiqué tellement il était bizarre pendant que j'attendais, mon pipi à la main. N'ayant aucune idée de ce qui m'attend, j'espère très fort avoir à faire avec la dame. Bingo. Je lui dis que je parle mal italien et lui demande de parler lentement. Elle me demande d'où je viens, depuis combien de temps je travaille ici (3 jours), si ce genre de contrôle existe en Suisse. Je lui réponds que non et que è la mia prima volta avec un air faussement innocent décidant qu'il n'est jamais trop tôt pour tenter de faire de l'humour et en espérant que la connotation sera également évidente en italien. Bingo, elle est morte de rire, me dit qu'elle sera gentille et que tout se passera bien (je l'aime déjà) et m'explique qu'en Italie les contrôles médicaux sont obligatoires pour tous, mais que comme j'ai un travail in ufficio, je n'en aurai probablement pas d'autre avant 5 ans, que les travailleurs qui ont une activité plus pénible ou dangereuse ont un contrôle par an. Elle m'explique également que je recevrai une enveloppe avec mes résultats rien de très poussé, juste les "infections". Elle m'écoute respirer, prend ma tension, me pose quelques questions (auxquelles je réponds à grand renfort de mimes) et c'est poutzé. J'étais quand même un peu émotionnée avec tout ça, je n'ai pas osé lui demander quelles informations m'étaient destinées et quelles informations iraient à mon entreprise...
Deux heures plus tard, je suis ressortie de là, j'ai loupé le train qui devait me ramener dans ma petite ville lombarde et en ai profité pour aller m'acheter des trucs chez Sisley. Obligée, c'était pas de ma faute.
Finalement, rien de franchement particulier ne s'est passé ce matin-là, mais ça restera gravé dans ma mémoire comme ma première vraie expérience "culturelle", dans le sens que ce matin-là, je n'étais qu'une travailleuse italienne parmi quarante autres.